Au fond du jardin. Accompagnements

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TitreAu fond du jardin. Accompagnements
Type de publicationLivre
Année de publication1996
Auteur·e·sJacques Brault
Titre de la collectionChemins de traverse
Nombre de pages140
ÉditeurÉditions du Noroît
VilleMontréal
Résumé

Résumé descriptif:

Ressemblant à une «longue missive envoyée du plus loin aux amis inconnus» (p. 27), Au fond du jardin regroupe une cinquantaine de courts textes inspirés et traversés par des «voix lointaines» (quatrième de couverture), celles d’auteurs que Brault donne à entendre dans l’humilité et la nudité de l’anonymat : Dickinson, Montaigne, Proust, les sœurs Brontë, etc. Ce séjour dans l’univers de poètes et de romanciers s’écrit et se lit comme une méditation sur la place du sujet dans l’écriture, alors que Brault s’attache à définir l’intimisme, écriture du sensible, du banal et du quotidien, de ce «rien que le moindre mépris briserait» (p. 48). 
 
Il ne s’agit pas seulement d’une recherche stylistique par et dans le texte, mais bien d’une réflexion qui questionne la posture même de l’écrivain. Dépossession et effacement de soi apparaissent ici comme les conditions essentielles d’une écriture ouverte à l’autre : «Il n’y a plus de place pour les effets de style, justement. On s’efface. On perd ses traces» (p. 122). 
 
Véritables «accompagnements» par la proximité de leur ton et le questionnement qu’elles suscitent, ces lectures explorent le «territoire de la sensation écrivante» (p. 16), invitant à une «lecture rêveuse» (p. 88), une lecture-écriture qui ne craint pas la lenteur et l’arrêt, qui n’est pas embarrassée par un souci d’efficacité et qui résiste à l’exploitation du je triomphant. «Ouvrir un livre comme on ouvre une fenêtre, oui, et se sentir pénétré par les odeurs et les bruits, les froids et les chaleurs d’un monde naguère tenu à distance.» (p. 82)
 
Résumé interprétatif:
 
Une écriture qui s’éprouve par et dans l’écrit, tel semble l’enjeu de la réflexion de Jacques Brault dans Au fond du jardin, alors qu’il donne à lire des «accompagnements», portraits d’auteurs et d’œuvres marqués par la sensation du périssable qui prête à la pensée fragilité, détresse et tendresse. Tout à la fois «acteur et témoin de l’existence quotidienne, [Brault] rédige ses chroniques comme des lettres confidentielles» (p. 19) et par lesquelles il tente de comprendre ce qui, dans le réel, ne cesse de se heurter à l’exigence et à la nécessité de l’écriture. Il tisse ainsi, délicatement, la trame d’une poétique de la justesse qui reposerait sur la pudeur et l’effacement. Dans la tension entre vie et mort, présence et disparition, vivre et écrire, se construit un sujet qui cherche dans le même mouvement à se tenir à distance, à s’effacer : «L’écrivain ne s’adresse à personne. Il ne soliloque pas. Il ne signe que sa disparition.» (p. 12) 
 
Au fil du recueil, la réflexion de Brault est de plus en plus imprégnée par la présence et la proximité de la mort : des portraits, on passe au récit de la mort d’auteurs, tels Virginia Woolf, Emily Brontë et Samuel Beckett. Le récit que Brault fait de leur agonie ne semble pas rompre avec l’humilité de leur vie qui les tient à distance de l’embellissement et, là où le pathétique pourrait faire sombrer dans la grandiloquence, intervient chez Brault un léger sarcasme, une fine ironie.
 
Aussi, non seulement Brault réfléchit-il à une esthétique de l’intimisme, mais il propose également une éthique de la justesse et de la véracité où l’humilité de l’écriture, et sa lenteur, participent du «court vacillement de la vie» (p. 123). «Le temps va réparer le temps. Peut-être. Tout ce qui compte pour l’instant, c’est la justesse, rien d’autre.» (p. 12) On n’écrit de soi qu’ainsi, par touches discrètes. La justesse, celle de l’écriture nécessaire, est dépouillement, pudeur. 
 
Mouvantes et floues, les balises entre intime et intimisme que tente de définir Jacques Brault s’inscrivent dans ce qu’il considère comme la plus grande fragilité de cette écriture du quotidien, du banal et des petites choses. Jusqu’où s’efface-t-on pour laisser entrer l’autre dans l’écriture ? Qu’est-ce qui transforme l’écriture pour soi en une écriture de soi ? Pour Brault, la réponse se trouverait peut-être dans la distance, «car le secret que vous ne partagez pas avec vous-même ne se rejoint que par le détour, la mise à distance, et d’abord le décrochement de soi» (p. 67). C’est surtout dans l’un des derniers textes, au titre révélateur, «Tout juste» (p. 122-123), que le lecteur trouvera condensé l’essentiel de cette éthique de l’intime.

Source : Interligne - UQÀM (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)