Fenêtres

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TitreFenêtres
Type de publicationLivre
Année de publication2000
Auteur·e·sJean-Bertrand Pontalis
Titre de la collectionFolio
Nombre de pages173
ÉditeurGallimard
VilleParis
Résumé

Résumé descriptif:

Fenêtres est un ouvrage constitué de fragments denses et autonomes dans lesquels Jean-Bertrand Pontalis, psychanalyste et écrivain, tente de créer son propre «lexique à usage personnel» (p. 13). Il veut développer une série d’idées précises, regroupées autour de thématiques centrales à sa réflexion, qui trouvent leur source dans l’attention portée par l’auteur à certains mots, images et événements particuliers. D’entrée de jeu, il précise son intention : «Je souhaiterais plutôt m’ouvrir et éventuellement ouvrir pour le lecteur quelques fenêtres en faisant mienne la prescription des médecins d’autrefois : “ Vous devriez changer d’air, cela vous ferait du bien”» (p. 14). Pontalis s’inspire de ses lectures, de ses rencontres, de ses patients, non pour chercher le pourquoi, mais le comment du mouvement de la pensée créatrice, toujours avec prudence, car il se méfie des concepts qui enferment.
 
L’analyse, le rêve et l’écriture fondent toute cette réflexion. Par la nature du lien qui les unit et dont le rêve est le pivot, ces trois instances actives délivrent le moi de lui-même, l’incitent à s’ouvrir. Cette ouverture conduit le sujet à considérer autrement son appartenance au langage en revisitant les concepts. Il désire leur redonner un ancrage corporel et accorder au signifiant l’importance qui lui revient dans toute perception du monde. Pontalis consent à la non-maîtrise qui résulte de son refus d’adhérer à un cadre interprétatif rigide et cherche à se libérer des contraintes du discours maîtrisé : «Je rêve... d’une pensée de jour qui serait rêvante, non pas rêveuse, mais rêvante.» (p. 38) S'appuyant sur une logique associative, cette pensée rêvante dynamise la réflexion qui prévaut dans l’ouvrage.
 
Cependant, l’auteur pose constamment un regard critique sur les théories psychanalytiques et sur la psychanalyse institutionnalisée à laquelle il appartient, et il ne déroge jamais à sa position de praticien. Par-delà le chemin initié par Freud, Pontalis est engagé dans un mouvement d’abandon et ne referme aucune des possibilités qui se présentent à lui. Il entre dans ces fenêtres avec une attitude d’«[h]umilité face à l’inconscient» (p. 28), convaincu d’y trouver une «pensée à l’état naissant» (p. 118). Là où s’incarne le langage.
 
Résumé interprétatif:
 
Fenêtres se présente comme un recueil de textes courts et riches, tenant à la fois de la prose fragmentaire et de la méditation critique, qui proposent une réflexion sur le langage, le rêve, l’écriture et l’analyse. Jean-Bertrand Pontalis recrée par et dans l’écriture le processus de l’analyse. Les conditions qui régissent la pratique psychanalytique sont les mêmes que celles qui inspirent sa démarche d'écrivain : «Pour moi, l’écriture et l’analyse s’abandonnent, se confient toutes deux, chacune à sa manière, au courant de la langue» (p. 74). Il porte un regard singulier sur la psychanalyse, se penche sur son mouvement, ses limites. Le langage est le premier objet qu'on doit se réapproprier pour permettre l’accès à une réalité profonde, plus près de l’origine des choses : «Avant le langage, la poésie […] nous fait croire que le mot pourrait bien être la chose» (p. 112). Cette constatation amène l'auteur à faire ensuite, toujours par le biais de sa relation à la langue, des corollaires entre la pratique psychanalytique et l’activité littéraire, où il reconnaît la «nécessité de l’incarnation» ( p. 75), celle de l’union du logos et de la chair. Les mots prennent corps, se matérialisent en donnant vie au mouvement créateur.
 
Pour y parvenir, Pontalis cherche à recouvrer un langage plus sensitif ; il désire rendre une sensibilité aux mots, aux images. Un tel langage entretient des rapports étroits avec «le temps de l’infans» (p. 29), ce hors-temps où les sens du nourrisson sont en éveil. En effet, la sensualité de l’infans se donne à la fois comme une pensée, une parole, une écriture mouvantes. Cet état d’esprit fait partie intégrante d’une pensée poétique, certes, qui réhabilite l’origine des mots. Tout au long de l’ouvrage, la fixité du concept est remise en cause ; Pontalis le reconsidère, le retourne contre lui-même. Il questionne une conception figée de la connaissance : «Pour que la pensée se remette en marche, il lui faut d’abord tomber en arrêt, être saisie d’effroi ou d’émerveillement, se laisser ravir, au risque de se perdre» (p. 28). L’exigence à laquelle l’auteur soumet son écriture le dirige non pas vers le moi, mais vers le «je» (p. 43), là où tout reste à découvrir, à construire, dans un éternel commencement à chaque fois émerveillé. Ce processus exige une mémoire en mouvement, une mémoire fortifiée par l’oubli, qui accorde disponibilité et espace, essentiels à une prise de conscience du présent. Bien que confrontée aux limites du langage usuel, la quête poursuivie par l’auteur le pousse à explorer d’autres voies signifiantes, plus intuitives, notamment dans la psychanalyse, par laquelle on peut «[c]onsentir à se laisser capter, emporter, à ne plus voir ce qui est autour de soi, à ne plus être enfermé dans ce qu'on croit être soi, à ne plus rien entendre que ces voix-là, venues de l' ‘arrière-pays’» (p. 112). Le langage ainsi enrichi de sens se répercute sur l’analyse et l’écriture, qui se voient dotées de dimensions inattendues. 
 
Advient alors une pensée souple qui cherche à s’incarner en se dérobant à tout statisme. Pour Pontalis, la présence d’un cadre s’avère tout de même essentielle —elle permet d’en sortir— en donnant accès à l’illimité. «Le cadre : condition nécessaire à coup sûr pour que la réalité psychique prenne toute la place, pour que l’analyse puisse imprimer du mouvement à la pensée, à la mémoire, à la parole.» (p. 82) Il est également présent dans toute relation à autrui, notamment dans la notion de dialogue où la part de l’intuition est importante. Mais il sert aussi à donner une orientation, à créer une ouverture. 
 
Sans «conscience de sa destination» (p. 38), entraînée par la seule force de son mouvement, la pensée rêvante offre des espaces, des brèches. Elle procède par la répétition, une répétition n’ayant toutefois rien à voir avec le ressassement, mais qui conduit ailleurs. La pensée rêvante échafaude le livre lui-même, fragmentaire, avec ses trous et ses vides pleins de l’autre, et se retrouve jusque dans le rythme de l’écriture. La prose de Pontalis, au-delà du centre vif de son propos, signale l’urgence d’une nécessité : faire éclater «le moi-même» (p. 43) afin que puisse en resurgir une pensée poétique du vivant.

Source : Interligne - UQÀM (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)