L'art de poésie

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TitreL'art de poésie
Type de publicationLivre
Année de publication2002
Auteur·e·sJorge Luis Borges
Titre de la collectionArcades
Nombre de pages129
ÉditeurGallimard
VilleParis
Résumé

Résumé descriptif:

En 1967 à Harvard, alors qu'il y occupait la chaire de poésie, Jorge Luis Borges a donné une série de six conférences sur sa conception poétique. Ces enregistrements, qui furent enregistrées, n’ont été découvertes que récemment dans les archives audiovisuelles de l'Université. Traduites de l'anglais, puis regroupées dans L'art de poésie, le livre comporte six parties dont les titres annoncent explicitement les thèmes abordés dans les allocutions : «L'énigme de la poésie», «La métaphore», «La narration d'une histoire», «La musique des mots : la traduction», «Pensée et poésie» et «Le credo d'un poète». L'auteur y partage, par le recours à de nombreux exemples, une vision personnelle du fait poétique, intimement liée à sa conception de la beauté «nous entoure» (p. 20), hors du temps et de la réalité. 
 
La beauté s'exprime dans une poésie qui échappe à toute tentative de définition arrêtée. Elle ne se révèle que par l'accueil de l'affect. En nous confiant «des perplexités anciennes, des perplexités que le temps a rendues vénérables» (p. 8), Borges se présente en érudit qui n'a cependant pas la prétention de détenir des réponses claires sur la poésie. Il insiste sur le fait que la poésie est d'abord et avant tout une «passion et une joie» (p. 8) et qu'il serait malaisé de la percevoir autrement, de l'approcher «comme une besogne» (p. 8), comme un genre voué à l'abstraction et, par conséquent, à la dépossession de son principe de vie lié à la jouissance.
 
Borges voit la poésie comme une réalité profonde qui ne demande pas à être définie. Toutes les occasions de poésie passent par la chair. Elles ne peuvent être saisies de manière rationnelle. La langue poétique restitue aux mots leur valeur d'origine, leurs pleines sonorités dénotées par un usage intemporel : «[...] les mots ont à l'origine une sorte de réalité magique» (p. 78) qui passe par la musique, les métaphores. L'ultime devoir de la poésie est de transmettre l'émotion qui donne vie aux mots et non d'en percer le mystère : «J'essaie seulement de communiquer mon rêve. Et si ce rêve a des contours flous (comme c'est souvent le cas), je ne cherche pas à l'embellir ni même à le comprendre.» (p. 112)
 
Résumé interprétatif:
 
Dans L’art de poésie, Jorge Luis Borges relate cet instant marquant de sa jeunesse où la poésie a ouvert un monde en lui. Alors que son père lui récitait des vers de Keats, Borges a découvert que le langage ne se réduisait pas à un moyen de communication : «Mais quand j'ai entendu ces vers (et dans un sens je n'ai pas cessé de les entendre depuis ce jour), j'ai compris que le langage pouvait être aussi une musique et une passion. C'est ainsi que la poésie m'a été révélée.» (p. 94) L'écrivain qu'il est devenu semble tenir à préserver le caractère mystérieux de cet événement en le situant au coeur de sa démarche : «La vérité c'est que je ne vous apporte aucune révélation [...] Chaque fois que je me trouve confronté à la page blanche, je ressens la même impression : je dois redécouvrir l'écriture par moi-même». (p. 7) Cependant, il ne s’arrête pas à la question de l’énigme ; il n’aspire pas à percer le mystère poétique mais à l’investir. En s’appuyant sur de nombreuses références littéraires, le livre développe une vision personnelle de la poésie et du rapport au langage qui la sous-tend. En définitive, Borges souhaite en arriver à une conscience plus sensuelle des mots. 
 
L'écriture poétique entretient un lien particulier avec le langage en le rapprochant de ses origines. En ce lieu, comme c'est le cas pour la musique, signifiant et signifié se recouvrent. Les mots accèdent alors à une existence magique : «Si l'on se place dans une perspective historique [...], on découvre que les mots n'ont pas eu d'abord une valeur abstraite, mais tout au contraire une signification concrète —et je pressens qu'ici “concret” a le sens de “poétique”» (p. 76). Cette réalité du langage s'exprime notamment par la métaphore.
 
La métaphore est allusive. Elle agit sur l'imagination, cette «faculté plus profonde que la raison» (p. 84), et alimente le mystère. Le libre pouvoir de l'imagination transforme chaque image en une nouvelle, unique. Pour ce faire, la quête de métaphores inédites et surprenantes n'est pas primordiale. Le poète doit plutôt chercher les mots qui produisent l'image juste, évocatrice, créant une «allusion [qui aidera] le lecteur à imaginer» (p. 111). Ainsi, l'expérience sensible du poétique reste indéfinissable. Elle touche à une vérité issue d'une réalité profonde, indicible. 
 
Le trait énigmatique de la poésie ne doit en aucun cas être confondu avec l'hermétisme. Le texte poétique est d'abord et avant tout un fait de langage ; il est donc accessible. Ce qui nous échappe transcende les mots et fait apparaître la magie de l'expérience poétique en permettant à la beauté de dépasser une époque. En ce sens, Borges insiste sur le lien qui se crée entre le lecteur et le texte poétique, sur les significations qu'il lui prête. Il doit donc nécessairement y avoir un dialogue entre l'oeuvre poétique et son lecteur. Ce qui amène Borges à s'intéresser à la difficulté de traduire la poésie. Une bonne traduction, estime-t-il, doit en premier lieu demeurer fidèle au principe de plaisir et de jouissance du texte, qu'il s'agisse d'une traduction littérale ou plus ‘poétique’.
 
Borges aborde aussi l'épopée, «la plus noble forme de la poésie» (p. 24). L'être humain a besoin d'histoires pour éveiller son imagination et, selon l’auteur, l’épopée est le genre qui répond le mieux à cette attente ; elle est récitée et sa musique parle aux sens, à la différence du roman, qui énonce et renvoie à la raison. Ce dernier, soutient Borges, est à bout de souffle et perdra éventuellement toute reconnaissance littéraire. Borges voudrait que la narration redevienne la tâche du poète : «Et si au plaisir de s'entendre conter une histoire viennent s'ajouter le plaisir et la dignité du vers, alors ce sera un grand événement» (p. 54). Pour lui, l'épopée raconte une histoire en poème, elle rend vivantes les voies les plus sublimes tels le lyrisme, le courage et l'espoir. 
 
L'art de poésie expose néanmoins une vision qui s'avère close sur elle-même. Borges défend certaines idées traditionnelles et se positionne contre des expériences nouvelles, et malgré l'érudition de l'auteur, le livre nous laisse sur notre faim.

Source : Interligne - UQÀM (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)